samedi 19 septembre 2009

Ghoul



Apparemment c'est à la mode de rêver de zombies. Une conséquence de la psychose H1N1 sûrement, où du fait qu'on  ne puisse échapper à une vague de zombies strippers/zombies nazis/zombies moutons etc. Toujours est-il que j'ai rêvé de zombies cette nuit. Pas de monstres boiteux et décomposés. Plutôt des hommes enragés, raclant leur gorge et crachant du sang noir et épais. Je n'étais pas poursuivi, d'ailleurs je n'en croisai qu'un seul de ces zombies.

Je suis en voiture sur une route de campagne. Des collines bordent la route, tout est très vert, très vallonné. Je suis en voiture avec C. Bizarre qu'elle soit là, je ne l'ai pas vu depuis longtemps. Sa présence est anormale, il y a un décalage bizarre qui me met mal à l'aise. Il fait jour, le ciel est couvert et très bas. J'ai l'impression d'étouffer et C. veut qu'on s'arrête. Je me gare sur le bord de la route, coupe le moteur mais laisse le contact allumé. Il y a de la musique. Je crois qu'on écoute Holly Golightly. C. s'éloigne pendant que je regarde le paysage en fumant une cigarette. Je l'entends crier, me précipite dans sa direction. Je la vois qui court de toutes ses forces vers la voiture. Derrière elle, une silhouette la suit en courant à quatre patte, comme un animal. Elle est très rapide. C'est une vision étrange, puisque même à quatre pattes, elle garde la tête relevée, ses yeux rouges fixés sur C. Un râle noyé dans le liquide noir sortant de sa bouche me pétrifie. En passant près de moi, C. m'agrippe le bras et me traîne jusqu'à la voiture.

Ellipse.

Plus tard, plus loin, on s'arrête de nouveau. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais apparemment je suis au courant de tout, de l'épidémie, des villes dévastés, de l'exode. Nous rentrons, C. et moi, dans un chalet. J'y retrouve des membres de ma familles, des connaissances, beaucoup d'étrangers eux aussi en fuite. Nous parlons tous avec empressement mais sans panique. Je soutiens, sans vraiment savoir pourquoi, qu'il se peut que certaines personnes soient immunisées aux morsures. Un homme n'est pas d'accord et s'énerve.

Ellipse.

Nous sommes entassés dans un bus, il y a très peu de place et C. est malade. Elle est blottie dans mes bras. J'ai l'impression qu'elle est glacée. Le bus est censé nous emmener en lieu sûr. De temps à autre un choc destabilise le véhicule. Je sais qu'il s'agit des zombies que nous renversons. Je ne les vois pas, il fait nuit et nous roulons sans phare.

Ellipse.

Je crache du sang noir. J'ai affreusement mal à la tête. Je mors C.

vendredi 7 août 2009

Black Six (Stay Clean)


Je m'étais juré de ne pas remettre les pieds dans ce genre de soirées dorées pourries jusqu'à la moelle. Des petites putes, bien alignées dans leur uniforme de trépanées blondasses s'agitent autour de ce qui semble être une bande d'humanoïdes de sexe masculin, mèche et polo lacoste au col remonté de rigueur. J'erre quelques minutes en bas, dans le jardin. Un chêne imposant abrite de ses longues branches un étang à l'eau noire et lisse. Je décapsule une bière avec mon briquet et m'assoie au bord de l'eau. Il fait nuit et je distingue à peine la maison derrière les arbres. Ces mecs n'ont aucun goût, la musique en soirée est affligeante. Et pourtant je suis là, encore une fois, comme si j'allais la retrouver, après tout ce temps. Je ne l'ai revue qu'une fois depuis ce vernissage. Dans ce cauchemard de poudre et de sang, où je la perdais définitivement, sans jamais l'avoir vraiment retrouvée. Je crois entendre au loin les échos de "Damage Case". Ces connards n'ont pas si mauvais goût finalement. Je me relève et envoie ma bouteille s'écraser je ne sais où.

La maison est un véritable palace. Personne ne fait attention à personne. Je retrouve P. en pleine discussion avec un groupe de clones à mèche. Je m'installe en face de lui dans un gros fauteuil en cuir et écoute la conversation :

" - Arrêtez de croire bordel! Personne ne croit plus! Lisez, écrivez, composez, baisez à tout va, mais arrêtez de croire! C'est fini tout ça, ouvrez les yeux, croire ça ne suffit plus, il faut agir maintenant. Agir ok? Vous connaissez Kropotkine? Vous connaissez BLS? Putain de merde, vous connaissez Lemmy non?

Un des clones se met à rire, suivi très vite par le reste du groupe. Je crois qu'ils se foutent un peu de sa gueule. Je crois aussi qu'il s'en rend compte et qu'il en joue. J'aperçois une grande brune faisant son choix dans une pile de disques étalée sur la table du salon. Je la rejoins, allume une clope, lui en propose une - qu'elle refuse - et attrape un best-of Black Sabbath. Je me marre tout seul en découvrant Sonic Firestorm de DragonForce à l'intérieur. Quelle soirée de merde. La grande brune porte son choix sur ce qui semble être une compilation house. Je monte à l'étage.

Un couple baise dans une des pièces. Je crois qu'il s'agit de la salle de bain. Dans le couloir, une bibliohèque immense tapisse les murs de chaque côté. Tous les ouvrages de la pléiade y sont alignés, par ordre alphabétique. Je me saisis des oeuvres complètes de Lautréamont et envisage quelques secondes de l'embarquer.

En descendant, je croise P.

"- Je vais chercher mon sac, je me suis fait virer par S.

- Pourquoi?

- Apparemment j'aurai péter un plat ou une assiette en sortant par la fenêtre.

- Ok, je te retrouve devant."


Je passe par la cuisine, récupère un pack de bière et ramasse un paquet de clope qui traîne sur le bar. Avant de partir je branche les enceintes sur un macbook posé sur la table basse et lance le dernier album de Booba. Je passe le portail le sourire en coin, Double Poney résonne dans la rue.
On galère, bus de nuit, cigarette/bière/cigarette/bière/cigarette/bière et un bon Blier pour finir la nuit.

Je me couche,la gouaille de Dewaere et Depardieu ricoche encore dans l'air.

vendredi 26 juin 2009

Prophecy






Bordel ça commence toujours comme ça. Au début on en parle un peu à la TV, dans les journaux. "Lavez-vous les mains"; "Allez chez votre médecin dès les premiers symptômes". On en parle entre amis, comme ça, au détour d'une conversation et puis on reprend une bière et on oublie. Comme si ça ne pouvait pas nous arriver, pas à nous. Et puis petit à petit ça se répand, on croise de plus en plus de personnes dans la rue, les yeux rougis, le mouchoir à la main. Des écoles sont fermées "par précaution", le JT nous le rappelle quotidiennement mais ce n'est rien, ça ne nous arrivera pas à nous. On commence à s'inquiéter un petit peu, quand on apprend qu'un de nos amis est grippé, qu'on était chez lui la veille. Dans la rue ce matin, on a croisé des gens soucieux, parfois masqués (comme ces touristes japonais dans Paris l'été, se protégeant des gazs d'échappement).


L'épidémie touche désormais 21 pays, avec, selon l'OMS, 1.124 cas de grippe porcine confirmés, dont 590 au Mexique (25 mortels), ainsi que 286 cas aux Etats-Unis (1 mort). Le Canada, où sont recensés 140 cas, a annoncé lundi son premier cas « grave » de grippe porcine humaine - une fillette qui se trouve aux soins intensifs dans un hôpital d'Edmonton (ouest). En Espagne, pays européen le plus touché, le nombre de cas confirmés est monté à 54, dont 4 n'ont pas voyagé récemment au Mexique.

En quelques jours tout s'accélère. On rapporte un taux de mortalité élevé dans les hôpitaux chinois. Les pays les plus pauvres sont décimés en quelques semaines : d'abord les marginaux, puis les enfants et les vieillards... Les frontières sont fermées, l'Europe et les Etats-Unis s'isolent de plus en plus : plus de sorties du territoires, les ressortissants à l'étranger sont rapatriés et placés en centre d'isolement et de désinfection. Comme c'est le cas lors de chaque crise nationale ou internationale, les masses se ruent vers les centres commerciaux, achètent de l'eau et de l'essence, des émeutes éclatent, dans les quartiers sensibles au début, et s'étendent ensuite aux centres des grandes villes. Les familles les plus aisées s'isolent dans leurs maisons ou fuient pour la campagne. Le nombre de cambriolage augmente sensiblement. Le chaos s'enracine progressivement, les gouvernements tentent d'abord de calmer le jeu, de dédramatiser, afin d'éviter des scènes de paniques générales. Très vite cependant, l'armée est mobilisée autour des hôpitaux, des grands axes routiers et des banques. Alors que l'on pensait le pire derrière nous, certaines rumeurs nous parviennent: les contaminés ne seraient pas mort, les charniers organisés par l'armée en périphérie des villes seraient remplis de morts-vivants, de contaminés revenus à la vie, rôdant dans les bois et les champs.
Personne n'y croit, surtout pas nous. On est pas dans un putain de film. Jusqu'à ce qu'on voit, par la fenêtre du premier étage, donnant sur la rue, notre voisin, gentil grand-père un peu fou, se faire arracher la gorge par ce qui semble être une fillette en voie de décomposition.

Pendant quelques jours, on reste prostré dans sa maison, barricadé dans sa chambre. Le temps d'assimiler ce qui se passe. Le temps d'accepter que la relative sécurité que nous offrait la société a maintenant disparue. Impossible de joindre notre famille, les réseaux de toutes sortes sont hors d'usage. Les premiers jours, certains tentent de rejoindre leurs proches, mais les cadavres jonchant les trottoirs, et les hurlements effrayant retentissant pendant la nuit, nous décourage rapidement. Le plus dur est de vivre avec cette peur constante de la contamination. Et si je tombais malade? Et si j'étais immunisé? Est-il trop tôt pour penser être sorti d'affaire? Si je sors, est-ce que je ne risque pas d'attraper cette putain de H1N1?

H1N1, tout le monde a oublié ce que ça voulait dire. Il n'y a plus que deux types de personnes maintenant : les contaminés, et les autres.

La faim nous pousse à sortir. Cela fait un mois que notre espace vital s'étend de la chambre à la salle de bain, de la salle de bain à la chambre. L'eau de pluie récupérée sur le bord de la fenêtre commence à croupir. On est seul, affamé et on commence à perdre un peu les notions de temps, de danger, d'envie.

La première sortie n'est pas la plus effrayante. La deuxième l'est beaucoup plus. Peut-être parce que les décharges d'adrénaline de la première fois ne sont plus là : la peur est toujours là, elle, mais sans cette sensation de découverte, d'inconnu, de nouveau. La deuxième sortie, c'est quand on se rend compte que notre vie, maintenant, ce n'est que ça, et ça ne sera que ça : Risquer sa peau pour un paquet de biscuit, risquer sa peau tous les jours.

La suite tout le monde la connait : on va rencontrer des survivants d'abord méfiants mais en fait très gentils, d'autres très gentils mais dont on devrait se méfier. On va se faire quelques frayeurs en visitant un supermarché abandonné. On devra tuer notre premier zombie, la tête détournée, un peu écoeuré. Et puis certains y prendront goût. Les instincts les plus vils prendront le dessus sur le "pacte social". Trahisons, coups bas : l'honneur n'est plus de rigueur en temps de crise. On se réunira en une bande, une meute de survivants, et on cherchera un endroit sûr pour nous y installer.

Et puis un jour, distrait, on se laissera chopper par un de ces foutus monstres dégénérés en allant chercher du bois dans le bosquet derrière le pensionnat qui nous sert maintenant de Q.G.

Alors lavez-vous les mains, et évitez le Mexique.


lundi 8 juin 2009

Tout va bien, tout va bien, tout va bien...




Je redoute le jour où je vais tout laisser partir, le jour où je laisserai le barrage céder. Jusqu'à maintenant je m'en suis sorti sans trop de problème, quelques échardes diffuses, deux ou trois coups, quelques belles égratignures. Des peines ravalées, étouffées en-dedans. Je n'ai rien nié, je n'ai rien occulté, j'ai juste réussi à me distancer des épines, à me reculer, m'assoir et observer. Comme un poing crispé, qui ressent la pression mais ne cède pas.

"Tu peux pleurer tu sais."

Vraiment? J'ai appréhendé très jeune la fatalité, manié dès mon plus jeune âge le "à quoi bon", compris lors de mon premier deuil qu'il en était ainsi et que le sel aux yeux ne faisait qu'aviver les plaies.

Pourtant je doute souvent, je remet en cause l'écorce rugueuse et la carapace. Je pensais avoir tout compris : On naît. On essaye de vivre. On meurt. Voilà, point, rien d'autre. Pas de quoi s'agiter. Ce destin implacable ne m'a jamais miné, m'incitant en fait à voir plus, à faire plus. Mais voilà, parfois cette règle de vie s'évapore pour quelques instants et le coeur s'emballe.

Pour l'instant le radeau tient le coup, on écope parfois, mais dans l'ensemble ça tient... J'attends juste la vraie tempête, qui m'a jusqu'à maintenant épargné.

samedi 2 mai 2009

Le cygne et l'océan.


Lui :

C’est l’aube. Le soleil peine à se lever mais déjà la rosée disparaît. Les vagues, imperturbables, ne semblent pas s’être couchées. En se concentrant, il peut entendre beaucoup de choses de cette falaise. Les herbes qui tanguent en se frottant les unes aux autres et les insectes qui profitent des premières matinées ensoleillées. Cette année encore le soleil a su se faire attendre, mais par ici, on est habitué. Au loin, les mouettes s’amusent : elles cherchent leur petit déjeuner. Elles le trouvent sans peine. Quand le vent est doux et bien orienté, leurs battements d’ailes rythment cette nature capricieuse. L’une d’elle pousse des cris, elle a faim surement. Parfois on entend les pas de promeneurs matinaux. Mais aujourd’hui personne, juste la nature qui se repose, repue. Elle semble digérer ici tout ce qu’elle avale là-bas.

Le temps passe, tout change. Le soleil brule, les herbes sèchent sans broncher, les lièvres se cachent et les mouettes dorment, apeurées. Il y a beaucoup de bruit mais on n’entend rien. Des enfants crient et les parents grondent, des voitures klaxonnent et les conducteurs s’énervent. Tous sont en vacances mais aucun ne semble le savoir. Les promeneurs courent le long de la falaise et marchent à côté du chemin balisé. Les fumeurs fument et jettent leurs mégots à côté des poubelles. Et la nature se tait.

C’est lorsque le soleil se couche qu’il vient se promener sur cette falaise. Souvent, en contemplant l’horizon il pleure. Il a peur et ne peut en parler. Les rochers se tiennent droits, fiers de résister depuis si longtemps. Ils lui redonnent espoir, il se dit que c’est possible, qu’on peut résister. Alors ses yeux regardent autour de lui, plus près, dans le monde des hommes et il recommence à pleurer. De tristesse, de dépit ou de désespoir.

Aujourd’hui, s’il est là, ce n’est pas pour assister impuissant à ces choses qui se perdent. Il a fait une erreur. Avancer, courir parfois, reconstruire, fuir et regretter. Tout cela lui a fait oublier une chose. Il est au bord de l’océan, au finistère de son vieux monde et encore loin des portes de ce qui suit. Il a cru, impressionné et admiratif, que la distance concrète pouvait être une barrière. Il n’y voyait rien d’insurmontable. Mais la seule vraie distance qui sépare les hommes, est le temps. Plus aucune chaîne de montagne, aucun océan et pas un seul désert ne semble résister à ses congénères. Mais face au temps, l’homme ne peut rien. Ballot, les bras immobiles le long de son corps, il se regarde périr à petit feu. Un voyage ne se termine donc jamais. Aujourd’hui, les voyages n’existent d’ailleurs plus vraiment en soit. L’aventure des longs chemins a cédé la place aux transports rapides. Les distances sont réduites à néant et le temps se retrouve tout puissant. Il y a des périodes trop longues qui ouvrent des plaies qu’on ne pourra pas panser, qu’il faudra oublier ou subir.

Elle :

Les bras de l’amant. L’oreiller de l’amant. Le matelas de l’amant. L’odeur, les mots, le réconfort, la chaleur tiède de l’amant. Comme un point plus qu’une virgule, comme une porte plus qu’un couloir. C’est la fin logique. Objet, pas du tout. Mais moyen certainement. Le besoin de le revoir avant d’ouvrir les valises et de tirer les conclusions. Savoir si l’amant fait parti du voyage ou s’il peut siéger à l’instant « i », dans l’hémicycle de la vraie vie. S’il peut faire partie des repères ou s’il doit juste être un prétexte pour se perdre. Voilà ce qu’elle se disait pour se convaincre plus que pour le constater. Avancer en donnant l’impression de fuir, après tout, il n’y a pas de mal à cela. L’essentiel est ce qu’on pense, ce qu’on vit plus que ce quiconque puisse en penser. Après-tout, il s’agit juste d’un instinct de survie un peu trop large pour le couloir étroit et délicat, aux murs finement décorés qui le renferme. Clairement ; un éléphant poursuivit par une souris, dans un magasin de porcelaine. Reléguer « lui » au rand de détail. Lui faire perdre toute importance en sachant le ménager, feindre plus que penser, ne pas trop en dire pour ne pas mentir. Vouloir le beurre de la meilleure des qualités et l’argent du beurre : pari impossible qu’elle veut s’obstiner à gagner.

Lui :

Résigné. A l’âge où l’on cesse de grandir et on commence à vieillir, il se rend compte qu’il a basé son futur sur des illusions. Il n’a pas été trop rêveur, il n’a pas rencontré les mauvaises personnes et n’a pas franchement fait de mauvais choix. Il est victime de la chronologie plus que du temps. Les perles ne se sont pas enfilées dans le bon ordre et il comprend désormais que pour pouvoir continuer, il va falloir casser le collier. Ironie du sort : cela lui fait penser à ce joli bracelet qu’il offrit un jour, qui fut porter un autre, qui rompit le suivant mais qui ne vit jamais venir le jour de sa résurrection. Chant du cygne prémonitoire ou hasard insolent de la vie, il préfère s’en tenir à la deuxième solution, juste pour pouvoir continuer, chaque matin, à se lever et chaque soir lorsqu’il le peut, à regarder les rochers, immobiles, résister au courroux imperturbable de l’océan.

dimanche 15 mars 2009

Où subsistent encore ton écho...





































vendredi 13 mars 2009

Du Elle sur Lui au Lui à Elle.


Lui :

L’écriture n’est pas chose aisée ; lorsqu’on est au fond du trou les mots sortent mais dérangent à la lecture, le meilleur de la vie pousse en général au silence. Lui aussi s’est endormi mais c’est ce besoin de l’écriture qui le pousse à se réveiller. Sa vie ne lui dicte plus ses mots, alors il trouve dans son pays une source inépuisable. La révolte l’inspire, qu’elle soit à son échelle et possible ou utopique et le dépassant. Résolument optimiste, il a posé depuis quelques temps les pieds sur terre. Enfin pense-t-il. Il laisse encore aller de temps à autres sa tête vagabonder dans ces hauteurs qu’on atteint jamais seul, mais c’est seulement parce qu’il se sait capable de redescendre. Pour cela en général il lui suffit de se réveiller avec la radio et de constater à quel point son pays est endormi. Alors il se met à rêver de ces quelques mots qui pourraient faire bouger les lignes. Il rêve de ce texte riche de sens et fort en forme ; réconcilier par des phrases Platon avec les écris d’Homère, trouver dans les mots la force d’une harangue de Napoléon et l’espoir d’un Jaurès et ainsi s’adresser pour la première fois à quelqu’un. Ce n’est que lorsqu’il se sent aussi pédant qu’il trouve la force d’oublier le passé. Et puis après tout Jaurès, c’est la référence facile, c’est propriété de tous, ça parle.

Elle :

Pas de prétention aucune, au contraire. Après s’être perdue dans ce grand ailleurs, elle a réussi à importer ses repères. Elle n’oublie rien, au contraire, mais a su cicatriser, avec moins de peine qu’elle ne l’imaginait, ce qu’il y a peu elle voyait comme un gouffre sans fond. Elle se demande si le recul est de si bon conseil. Le temps ridiculise nos peines d’antan et ça ne lui plait pas. Elle se sent mal face à ce sentiment, ce malaise intérieur, cette chose putride qui lui rit à l’oreille. Le temps réduit en cendre nos chagrins « insurmontables ». Pourtant elle a changé et ses sentiments aussi. Elle ne veut juste pas s’en rendre compte. Elle se convainc donc qu’elle ne LUI ment pas, qu’elle pense ses mots qu’elle égraine sur son clavier, à l’occasion, pour maintenir un lien, pour consolider le gué. Elle se demande pourquoi elle le fait. Mentir dans le présent pour assumer les mots du passé. Lesquels ont le plus de poids ? Avancer, ça veut donc dire ça ? Jusqu’où peut-on assumer ce qu’on a pensé avant ? Parce que nôtre cœur change, notre raison doit-elle s’aligner ? La raison doit-elle vraiment commander de décrire encore et encore un cœur qui n’est plus lorsque c’est elle qui, déjà toute puissante, a réduit ce cœur au silence ?


Lui :

C’est différent. Il ne trouve pas son repos dans les mêmes plaisirs. Sa prétention n’a pas de commune mesure, c’est pourquoi il se permet d’écrire à sa place, d’imposer du bout de ses doigts les mots supposés sortir de ses lèvres. Il trouve ça jouissif ; se « victimiser » ou pas, selon ses envies. Se sentir tout puissant, conter la suite d’une histoire qu’il n’a que trop peu maîtrisée, l’inventer à souhait s’il le faut, le tout sous la protection de l’immensité, de la distance. Il n’existe pas de Gulf Stream des idées. Il est donc tout puissant face à lui-même.

mardi 3 mars 2009

Comme un imputrescible lego

http://www.concertandco.com/crit2/bashung10.jpg

Je me suis endormi hier matin et réveillé des mois après. Je me suis réveillé ce soir, et je ne sais plus, j'ai oublié. Je suis vidé, solidifié, recouvert de calcaire, et je n'ai plus rien à dire. Même plus la force d'entendre les cygnes chanter, juste le néant. "Au delà c'est le vide" dit-il, "dans le silence ou dans le bruit". Je ne vise pas grand chose, je tire à blanc sur des fantômes. Toute écriture est mensonge, surtout cette écriture nocturne, "la nuit je mens", il me faut m'infiltrer dans un ailleurs pour simplement ouvrir une brèche, se forcer à rompre les ultimes barrières. Quelques échos me reviennent parfois, désuets, déjà morts. Ca ne suffit pas pour noircir le vide.

" Rien ne se passe, personne ne vient, personne ne s'en va, c'est terrible."

Pas de retraite, ni d'abandon : je ne fuis personne, si ce n'est l'Ennui, qui s'immisce un peu trop, un peu trop vite. Vivre avant de raconter, doser, faire "monter l'arsenic", attendre la mort du cocon, afin de ne pas mourir chenille.

"Ecran total sur nos remords"

Another time, another day.

lundi 2 février 2009

Effluves.


Ce n’est pas parce que je n'ai rien à dire que je vais m'empêcher d'écrire. Ca te plaira moins mais ce n'est plus pour toi que je le fais: loin des yeux loin du cœur et je m'en fiche pas mal si tu trouves ca lâche, moi ca me va parfaitement. Me lever est déjà un effort tel qu'après il ne me reste plus un brin d'énergie pour ce genre d'affaire. Je ne vois pas comment tu pourrais m'être d'une quelconque utilité alors je te tue, je me comprends ; mieux dit, je nous tue et nous laisse renaitre. Et ne va pleurer ça ne changera rien puisque je ne saurai même pas que tu pleures. Tu vas te fatiguer encore plus alors que de toute cette énergie, tu aurais bien besoin pour aller faire de ton corps ce que je me plais masochistement à imaginer!

Pas envie de jouer aux faux poètes, d'ailleurs je ne vois pas comment aujourd'hui un tel personnage pourrait voir le jour. Oh que oui beaucoup de conditions sont réunies mais sans prétendre connaître la vérité absolue, j'ai l'impression que la mauvaise foi est devenue patente à la condition d'être humain.


-Bonjour, ca va bien?

-Oui parfaitement merci.

-Ben j'ai pourtant lu hier que ta mère est morte.

-Ah oui j'oubliais.


Alors depuis ce matin je sais ce que je vais faire, je vais me fondre dans le moule! Ca sera tellement plus facile de ne pas avoir l'air de sortir de nulle par! Moi aussi je vais aller m’enivrer à huit euros le whisky-coca dans un de ces lieux où tu vas t'afficher à la vue de gens que tu ne connais pas! Arrêtez de vous voiler la face, si vos poils s'hérissent en lisant ces lignes, si vraiment des gens lisent ces lignes, c'est juste que vous êtes trop dans le moule pour vous rendre compte de l'état de délabrassions de votre vous même. Arrêtez de faire semblant parce que vous allez finir par ne plus pouvoir faire autrement. « Mais non Alex, moi lorsque j'y vais je m'amuse, je m'en fous des autres! » Très bien mais dans ce cas, explique-moi pourquoi tu ne fais pas la même chose ailleurs, là où c'est moins chère? La musique est la même et au moins ça te permettrait de t'acheter ton paquet de pattes sans mendier!


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C'est plus dur que prévu: j'y arrive seulement le nez plein et la tête vide; eux aussi! Je les vois encore le jour alors que j'étais avec eux la nuit. Mais tout ca se mélange, leurs corps dansent dans ma chambre qui résonne par son silence, les toilettes de mon appart sont pareilles que celles des boîtes: sales, le couvercle complètement poudré. Je ne me prends pas au jeu, mais je n’ai pas le courage d'en sortir.

Je pense encore à toi, souvent, mais je ne m'en souviens jamais. Je fais mon deuil à ma façon, et je m'en fous toujours de ce que t'en penses. Ta vraie nature a dû enfin se révéler à toi: je t'ai encore une fois devancée, je le paie cher! Tu t'amuses donc bien, je fais pareil! Mais moi je n’ai pas le culot de me regarder dans une glace. N'essaie pas de revenir, je sais que tu n'y penses même pas.


Si j'étais un animal, je voudrais être un rat, je ne sais pas pourquoi. En tout cas je ne voudrais sûrement pas être un chien; c'est la vieille du marché qui me l'a dit ce matin, je serais un chien. Je n’aime pas les chiens, ils sont stupides, ils sont fidèles aux hommes. Mêmes les femmes sont plus intelligentes que les chiens. Les femmes, peut-être pas toutes, mais toi en tout cas si. Les chiens bavent, toi aussi, seulement lorsque les chiens bavent, ils ne le font pas exprès, en passant de l'eau dessus, elle part la bave des chiens. La tienne elle reste, je la sens encore dans mes veines, elle me brûle de l'intérieur et je sais que tu prends ton pied à le savoir. Les rats c'est petit, ça détruit tout mais je suis sûr qu'ils l'assument. Les hommes font pareil mais pourtant maintiennent qu'ils construisent. Mauvaise foi quand tu nous tiens.


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Soirée spéciale hier soir: je m'en souviens, un peu. C'est vague. De la lumière, de la musique, des filles, beaucoup de filles, pas toutes habillées. Une voiture aussi, je la conduis, je me rappelle pourtant ne pas avoir mon permis. Je vois du sang, ca sort de la bouche de la fille à côté, sur le siège. Je me suis réveillé dans mon lit, j'ai dû rêver. J'ai passé mon après-midi à laver le sang sur mes sapes, je ne sais pas d'où il vient. Au début je voulais les jeter, je l'ai fait d'ailleurs mais cinq minutes seulement, je n'en ai pas d'autres. Où peut-être que je ne sais plus où elles sont. Surement avec toi.


Je me suis brosser les dents tout à l'heure, c'est étrange. Le froid dans ma bouche, comme quand j'étais petit et que j'allais à l'école, il y a longtemps, très longtemps. Maintenant je suis grand alors je ne vais plus à l'école. J'apprends plus depuis que je ne vais plus à l'école. La vie n'aura bientôt plus de secret pour moi alors je pourrai mourir. Je sais que tu ne comprendras pas, tu m'accuseras, comme toujours mais ce n’est pas du chantage, c'est juste logique. Et même s’y ça t’échappe.

Et puis non je ne mourrai pas. Je n’aurai pas le courage, effort trop grand. Il faut être fou pour oser sauter. J’ai oublié beaucoup de choses, mais pas que je ne sais pas voler. Le suicide a un sens tant que tu restes sur le bord du pont. Une fois que tu sautes, le sens te suit. Il meurt et personne ne comprend. Ou tout le monde s’en fout, mais c’est pareil. Je ne suis pas un pommé autodestructeur. Je suis juste un malin qui profite. Rien de plus. N’interprète pas philosophiquement mes actions, elles n’ont pas de sens. Un psychologue en manque de réputation pourra en trouver dix milles, je n’en doute pas. Mais il se trompera, tout simplement parce que c’est moi qui décide.

mercredi 21 janvier 2009

Black Five (There's an end)



Cela fait un mois que je ne dors plus. Je reste allongé sur le dos, les yeux clos. Sur le coup, je n’ai pas réagi. Je me suis dit que sa disparition n’avait pas énormément d’importance. J’ai enfoui ma peine, comme à chaque fois, inconsciemment, presque par réflexe. Mais la nuit, las, me débattant dans mes draps trop grands, je ne peux m’empêcher de la voir. Les premiers jours, la sensation était plus diffuse, presque imperceptible, comme un léger malaise, mais plus les jours avancent, plus je la sens grandir en moi. Son visage me souri comme sur la photo en noir et blanc granuleuse diffusée au 20h ce soir-là. Les détails m’ont échappés, mais je garde un souvenir précis de la photo. Le présentateur n’a consacré que quelques secondes à sa mort, quelques secondes entre une grève des enseignants et un sujet sur un parc animalier. Quelques secondes, comme un cauchemar, quelques grains de sable et un sursaut. Puis rien. Rien pendant les premiers jours, et puis elle est venue. Une nuit, dans un entre-deux boueux, embrumé, elle s’est assise sur le rebord de mon lit et a commencé à me parler. Sans même entrouvrir ses lèvres pâles, elle m’a décrit son calvaire, la violence des coups, le bruit sourd de son bassin heurtant le pavé, le gout de fer et de rouille dans sa bouche…

 

En me levant ce matin, j’ai perdu l’équilibre. Mon front porte encore la marque du choc. Ma lèvre inférieure a explosée contre mes dents et la rouille a envahie mon palais, un éclat vert bouteille et rouge vermeil, des ondes jaunes pâles devant les yeux. Nous sommes en septembre, il fait encore bon et je sors boire un café. Elle me suit, s’assoit à côté de moi et continue son monologue muet. Ses yeux ternes ne me regardent jamais. Elle me raconte ce que nous aurions pu devenir elle et moi. Au début je ne la crois pas, je ne veux pas écouter ses divagations. Le déni, la folie, la peur, les frontières s’estompent et je perds pied.

 

L’air frais me fait du bien, je me ressaisi, enlève mon gilet et le jette sur mon épaule. Il me tarde de reprendre les cours, de faire semblant puis d’oublier réellement. Sans cela, j’ai peur de ne jamais me relever, de ne jamais sortir de sa tombe, et de ne plus pouvoir fuir son Œil. Je ne suis ni superstitieux, ni croyant, (ce qui pour moi, est du pareil au même). Pourtant je ne m’explique pas l’intensité de ses apparitions, la force avec laquelle elle me maintient allongé, les yeux écarquillés. C’est comme ces cauchemars que j’avais enfant, quand il m’était impossible de bouger, et quant au prix d’un effort surhumain je parvenais à me réveiller, mes cris s’étranglaient dans mes poumons et venaient mourir dans ma gorge.

 

Je retrouve R. et P. dans la soirée. Nous prenons un train de banlieue, ratons notre arrêt et passons la soirée tous les trois dans un bar à absinthe.

 

Elle revient me voir ce soir.

Spring brings the rain, 

With winter comes pain, 

Every season has an end.

There's an end, 
There's an end, 
There's an end, 
There's an end, 
There's an end.


vendredi 16 janvier 2009

Romeo is bleeding




Va pas falloir tarder, encore quelques mois et on se lance.

Sinon il sera trop tard.

Ca fait atrocement peur non?

Coincé entre le tuxedo et le hoodie.

Champagne ou Bavaria.

Je ne lis que des morts en ce moment.

La liste est à la mode paraît-il.

Un grand bureau dans un bel immeuble New Yorkais.

Les bonbons frites recouvertes de sucre ou les fireballs à la canelle?

Le plus beau compliment que je puisse lui faire est que Kirsten Dunst a de la chance de lui ressembler.

Se coucher à heure fixe ou changer chaque soir?

Censure ou Acceptation?

29 dollars et un sac en alligator.

Perdre un pari qu'on ne voulait pas gagner.

Des bulles plein la tête, une angoisse soudaine.

Envie d'un cigare.

La fin du monde serait une bonne chose si je pouvais vivre juste après.

Pourquoi fumer de l'herbe allonger sur la pelouse?

Le ridicule ne tue pas, mais je préfère les cigarettes.

Une chaussure sans lacets.

Ecran de fumée et chapeau noir.

Vitre teintée et mascara dans le miroir.

It's Fucking Endless.


"Hey, you're embarassing yourself, you geriatric fuck! Two things: You keep your leather spotted hands off of my beautiful mother, she's a saint, and then you sit down and you write me a check of 10 thousand dollars or I will shove one of your fake earing devices SO FAR up your ass you could ear the sound of your small intestine as he produces shit!"

dimanche 11 janvier 2009

The desperation's gone






Ça
arrive parfois, sans prévenir. On est face au miroir, on est assis dans le métro, on marche et pendant quelques secondes, à peine, une bulle se crée autour de nous, et c'est comme si tout le reste se figeait. Une sphère silencieuse dans laquelle tout est soudain très clair. J'ai du mal à mettre des mots sur ces sensations fugitives, ces tropismes éphémères et inquiétants. Quand il m'arrive de me retrouver dans une de ces bulles, j'ai comme l'impression d'atteindre pour un instant, un seul, un niveau de conscience supérieur. Il n'est plus question ici de "comprendre" mais de "concevoir". Étrange sensation que celle d'un monde comme autant de pièces de puzzle qui s'assemblent soudain devant nos yeux.


Ce n'est pas ma vie qui s'éclaire, mais la vie, l'infini, la mort et toutes ces notions auxquelles on évite de trop réfléchir. Je suis là, lucide, et déjà la sensation s'est évanouie, laissant une empreinte incandescente en moi, mais une empreinte seulement, un sentiment de toute puissance déjà estompé. C'est dans ces bulles de clarté que le non-sens de notre monde se fait, paradoxalement, le plus compréhensible. Je conçois la vacuité de ce monde, sans angoisse, sans panique. Une simple constatation, une prise de conscience objective, sans affect ni émotion.

Généralement j'en sors plus serein, mes angoisses et autres objets de soucis soudain placés à une échelle tellement moindre qu'ils en paraissent presque ridicules. Serein et mélancolique, regrettant cette lucidité sans limite, cette omniscience. Triste, d'une tristesse pure, celle du manque de ce "sentiment océanique", du regret de cette transcendance.

mardi 30 décembre 2008

Incipit.



Lui :



Le plus dur lors d’un voyage, n’est pas de partir, de dire au revoir à tout le monde et de voir le sol s’éloigner lorsque l’avion décolle. Ce n’est pas plus de s’intégrer ailleurs, de comprendre ce qui nous échappe, ce qui fait le sens des autres lorsqu’on les pense par rapport à nous. Ce ne sont surtout pas non plus les éphémères au-revoir qui jonchent la route du voyageur, qui annoncent la fin d’un moment et le début d’un autre.

Le plus dur est de rentrer et comprendre qu’un voyage ne se termine jamais, c’est comme une révolution. On est là, les larmes aux yeux, les bras enlacés autour du corps de ceux qu’on aime, les bagages défaits, ou pas, au pied du lit, mais tout a changé. Les autres et surtout nous. Le voyage nous blesse a grand coup de différence, il ouvre violemment en nous de nouvelles voies. Il n’y a pas de solution : les autres ne comprendront jamais pourquoi on raconte si peu de choses, pourquoi on a « envie de raconter » mais on a « la flemme de le faire ».

De tout ça, il n’en est rien ; on n’a pas envie de raconter parce qu’on ne sait pas le raconter. On ne comprend pas ce qu’il se passe, on y voit un sens flou et souvent faux. On part pour voir autre chose, découvrir l’autre se dit-on ; en réalité le voyage est le recoin le plus sombre dans lequel se cache notre égoïsme le plus profond. On ne part jamais pour découvrir les autres, mais juste pour essayer d’apprendre à se connaître soi-même.




Elle :



Ce n’est peut-être pas à ce genre de chose qu’elle pensait, les yeux humides et les oreilles pleines de la voix de Jean-Louis Aubert.

Pas un simple au-revoir de plus, oh non. De tous les départs, celui de l’amant est le pire ; celui dont on a souillé l’oreiller de notre tristesse prend souvent ce rôle de bouée de sauvetage. Il est là au début et c’est plus au moins juste pour ça qu’on lui prend la main. Et peu à peu, il se construit son rôle et se rend indispensable.

Elle s’est attachée à lui. Elle ne lui a jamais donné ce rôle de substitution que les mauvaises langues lui prêtent. Il a pris toute sa place dans sa vie, le jour comme la nuit. Mais il fait parti du voyage, hélas.

Il sera celui qui au retour pourra peut-être mettre un point au voyage. Non pas un point final, mais ce point qui permet d’ouvrir sa valise à l’heure des décisions.

Dur dans ces conditions de ne pas être amer et d’être juste sincère. L’impression désagréable de toujours ramer contre le cours des choses.

Elle sait qu’elle a choisit de partir, de prononcer un vrai au revoir et elle a toujours voulu assumer les conséquences. Mais les grands océans charrient des eaux plus troubles qu’on ne le pense et le prix de la prise de conscience est élevé.





Lui :



Il autant qu’elle a toujours été prêt à assumer les choix, les siens et les siens, les leurs, que pourtant ils ont rarement su faire ensemble. La vie est ce grand tout dont on ne contrôle que peu de chose.

La seule chose qu’il sait, c’est que pour continuer à voyager, le temps leur est venu d’assumer pour de bon leur choix : de vivre au gré de ce grand océan qui n’est pas une frontière, mais un gué vers demain.

mercredi 17 décembre 2008

Naploéon IV?


En période de révisions, d'examens ou autres, le temps et l'inspiration peuvent parfois manquer. Et il est alors encore temps d'ouvrir les tiroirs et de voir qu'il y a bien longtemps, d'autres ont vécu des galères similaires à celles qui nous occupent aujourd'hui.

" Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance,en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France,de l'Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.Dieu sait pourtant que le Président se démène :il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent,l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé ".

Victor HUGO, dans Napoléon, le petit.
Réédité chez Actes Sud


ps: merci chtouf.

mercredi 10 décembre 2008

Un samedi soir au Dome de Marseille.


La salle est toute ronde, comme un des deux loulous sur la scène. L’autre est plus grand et plus fin mais pas moins dynamique. Les deux sont en grande forme ; ils peuvent sauter non seulement plus haut qu’une maison (parce qu’une maison, jusqu’à preuve du contraire, ça ne saute pas) mais aussi bien plus haut que moi (qui à mes heures, saute !). Il y a beaucoup de fumée dans les yeux des chanteurs et partout dans la salle. L’odeur est douce et agréable et les gens semblent dans de très bonnes dispositions pour passer un bon moment.

Très rapidement le ton est donné ; solidarité, résistance et espoir. Du positif déblatéré à grand coup de rimes. L’Afrique est belle mais elle souffre ; si on y pense, on peut peut-être y faire quelque chose. Entre Dub Incorporation et Tiken Jah Fakoly, tout y passe ; le néo-colonialisme économique, l’oppression culturelle, les tous-pourris de nos échiquiers politiques, les héros déchus de la libération du continent noir et Jean Passe.

A l’entracte, problème, gros problème : les deux buvettes de l’entrée sont prises d’assaut mais nombreuses seront les mines désabusées qui rentreront penaudes dans la salle : les futs sont vides et la pression ne gerbe plus ; la bière n’est pas et les cœurs sont lourds.

Durant tout le meeting, je me suis posé de nombreuses questions. Rassurez-vous, j’ai tout de même bougé mon corps sur les vibes endiablées du reggae africain. L’euphorie collective était déroutante ; les gens vivaient les textes et les messages étaient entendus, vraiment entendus. A un moment, l’homme au micro a lancé un joli « Nous sommes tous Africains. Tous les africains, la main en l’air ». Et bien mon voisin, il a levé très haut sa main et je ne pense pas faire preuve de conclusion hâtive lorsque je vous dis qu’il n’était pas africain.

Mention très spéciale à la petite rapeuse encapuchée, Keny Arkana, qui était belle, efficace et vraiment très énervée ; elle a posé souvent la question « Ça va Marseille ? » et bien moi, oui, ça allait vraiment très bien ce soir là.


lundi 8 décembre 2008

Written on my bed.


A toi l’ami, a celui que je comprends, à tous ceux qui comprendront, aux autres je ne dis que tant pis.


Au fil des ans qui passent, c’est ma conscience qui s’endort, sans pourtant que je ne le veuille. Mais elle ne s’endort pas tout de suite, elle fait l’effort de voir les choses, et d’accepter de les voir.


A table l’autre midi, deux amis me disent trouver insupportable de voir la misère du monde défiler sous leur yeux lorsqu’ils mangent. Ma conscience à moi est vivante aux moins. J’en suis à m’interroger sur la manière de réaliser ce doux rêve ; celui qui fera que j’aiderai un mort à ne pas mourir pour rien, celui qui par une photo, une ligne ou un coup de gueule rendra public la fin d’un, pour peut-être, rendre moins probable la fin des autres, des siens, des nôtres.


Il y a maintenant un an que j’ai cette douce bible entre les mains. Venu tout droit du ciel, elle quitte chaque jour mon chevet, mon sac et mes mains pour ne jamais me quitter. Je ne lui voue pas de culte fétichiste, juste le culte nécessaire au sens de la réflexion qu’elle renferme. L’auteur est un breton à la tête dure, qui ne vit vraiment que là où la mort est présente, là où la fin rime avec hasard, là où le risque est maximal. Passé la notion égoïste de la dose quotidienne d’adrénaline nécessaire, on rentre dans le dur, dans le vrai ; le besoin de raconter, de faire entendre les cris étouffés des victimes des autres. Ils sont noirs, blancs, bleus ou verts, viennent d’ici ou de là-bas mais sont victimes d’un même phénomène ; victimes de la guerre et du choix des autres. Victimes misérables qui tombent souvent pour rien, sauf lorsque le hasard a voulu placer une caméra, un appareil photo ou la plume d’un journaliste sur les derniers mètres de cette vie fragile.


Mais à quoi sert cette obstination lorsque les gens supposer voir ses images refusent de déranger leur repas ? A quoi sert cette obstination lorsque dans les pays où les gens ont un minimum de pouvoir, les élus sont des bellicistes convaincus ?


A quoi sert cette obstination, si chaque jour qui passe, cette révolte qui nous habite croit en décroissant, fait monter la colère en même temps que la résignation, titille le pathos en même temps que le pathos nous dégoute, nous fait rebelle bien ancrer dans la norme ?


Cette année je considère avoir eu la chance de ne pas voir le téléthon, ni une image ni une manifestation. Je n’ai pas donné la moindre pièce. Pourtant c’est beau le téléthon…mais ça me dérange ; à tous ceux qui ont fait leur BA face à leur crêpe au sucre et qui aux larmes de Sophie ont donné la pièce - je les félicite, ne les critique pas- je leur demande de s’interroger sur le budget communication de la belle action. Faut-il à ce point convaincre les gens de donner s’ils ne sont pas convaincu du besoin des autres d’être aider.


Si notre pays avait une conscience altruiste, nos dirigeants ne porteraient pas ces noms et nos concitoyens ne mangeraient pas devant la télé.


La révolte est ce grand vide, dans lequel se mélangent des idées confuses créatives de sens, disait l’autre.

Je suis donc rassuré, malgré tout ce qu’on fait pour que cela ne puisse exister, j’arrive encore à être révolté.



dimanche 7 décembre 2008

Written on the sidewalk.


C'est une petite putain. Oui, une vraie garce. Quand je n'écris pas pour me plaindre de ma vie, j'écris pour me plaindre de celle des autres. La vie est une petite salope gâtée, corrompue jusqu'à la moelle. Elle t'aveugle avec des nuages, pour mieux masquer la crasse, du brouillard, juste du brouillard.

Ce mec est à côté de moi, devant un bar. Je suis assis sur un muret, le bonnet jusque là, le vent est putain de glacial ce soir. Lui est dans un fauteuil, le genre de fauteuil équipé d'un boîtier qui lui permet de le diriger avec un pouce. Juste un pouce. Il ne parle pas, il ne parle plus depuis un bout de temps je pense, s'il a jamais parlé. Je me demande ce que ce type peut attendre dans le froid. Il n'est pas laid, mais son visage est figé dans une grimace étirée, nerveuse, la peur crispée sur son visage. Sa tête est basculée en arrière, il écarquille ses yeux comme un chien fou. Je le regarde fixement, je comprends que ce type c'est moi, c'est ton frère, ce type il est comme moi, sauf que cette catin de vie s'est amusée un peu sur la coquille. Je pense au Scaphandre et au Papillon, je pense à cette conscience coincée dans ce corps torturé, étriqué. Je ne suis pas pour autant prêt à me taper 3 heures de pathos téléthonesque, mais merde, si ça, ça te donne pas envie de te foutre en l'air, alors quoi?

Ce qui me fait le plus peur c'est que je suis de moins en moins révolté, j'aimerai l'être constamment, comme un adolescent, en contradiction, en rébellion constante, mais je sens que ça se perd. Il faut savoir en profiter de ces moments d'écœurement purs, les utiliser, les renvoyer avec hargne dans le petit minois pervers de cette petite putain.

Amen.

mardi 25 novembre 2008

The Guilty Party




Je me ronge petit à petit, de l'intérieur, sans que personne ne s'en aperçoive. Je me ronge en pensant à tous ces liens qui me retiennent aujourd'hui, qui me retiennent hier, m'empêchent d'aller plus loin. Nombre de ses entraves ne sont que des menottes que je me passe moi même. Je sais où est la clé, j'oublie où est la clé, je ne bouge plus. On pourrait en faire de belles images, des métaphores poétiques, filées, ou les lire à la lumière de ma censure, de mon sur-moi. Ca ne changerait finalement pas grand chose. Le résultat est le même, je vis dans le futur, j'attends de ce futur qu'il se manifeste, j'attends, passivement, un futur qui ne viendra que si je me réveille.

Patientant donc, je me ronge au doute, à la mélancolie, à l'impuissance. Cette attente me permet de réfléchir, de me réfléchir, et j'ai l'impression maintenant de mieux me connaître, de mieux me comprendre. Je suis en fait un terreau à mélancolie, la belle mélancolie, la nostalgie de moments que je n'ai jamais connus, une nostalgie musicale. Une personne rencontrée récemment a su lire en moi ce fardeaux pourtant bien dissimulé, elle l'appelle une nostalgie slave : chaloupée, embrumée par la cigarette et l'alcool. Certains parleraient de spleen. Une seule solution alors, pour garder le jour mon masque de clown, déverser la nuit toutes ces humeurs, dans de la musique, des textes ou des dessins. L'ascension est frustrante puisque toujours incomplète, ne compte que la fulgurance, la tentative de s'échapper, de s'en sortir via ces décharges de création. Je cherche à vivre ma vie comme une oeuvre d'art, magnifier des instants, en immortaliser d'autres. Ainsi j'aime la solitude, elle me permet de parler avec ma torture, de la rendre belle et utile. Difficile à croire quand on ne connaît de moi que le jour, pourtant c'est dans la nuit que je suis, que j'existe vraiment. Rien de romantique, rien de gothique, mais une noirceur, qui ne passe que dans mes textes et mes toiles. Je redoute, je crains, je suis présomptueux, mais c'est le prix à payer si tu veux de l'honnêteté, et moi, je suis l'un mais surtout l'autre.

lundi 24 novembre 2008

La belle et le café sans saveur.


-Un café long et un verre d’eau s’il vous plait.


Le serveur s’éloigne lorsque ses yeux la découvrent. Ses longs cheveux, bruns et bouclés, donnent toute sa prestance à cette belle silhouette. Le tailleur parfaitement ajusté, elle est une jeune femme qui a l’air ; de son temps, sûre d’elle en apparence. Son port de tête, droit, le menton légèrement relevé, le visage dégagés ; tout semble travaillé pour imposer le respect. Au diable le naturel. D’épaisses lunettes, noires bien entendu, soulignent la finesse de ses traits. Sa peau bronzée, comme au naturel, note de proches origines latines.


Le livre posé sur la table ronde et métallique a vécu. Peut-être appartient-il à sa famille, ou peut-être l’a t-elle acheté chez un bouquiniste. Il ne peut lire le titre mais devine sur la tranche quelque lettres indiquant que c’est un écrit de Huysmans.


Il ne connaît que trop peu l’auteur pour en déduire quoique ce soit ; à peine se souvient-il de En Route et s’imagine alors une femme en plein questionnement métaphysique mais ça ne colle pas. Elle semble trop sereine pour remettre son futur lointain entre les mains d’un Autre, aussi attachée au beau soit-elle. Il conclut rapidement, sans raison particulièrement, que cette lecture est le fruit d’un hasard relatif. Peut-être est-ce la couverture juste assez abimée qui l’a décidée à l’ouvrir, peut-être est-ce autre chose…


Il n’arrive pas à ce concentrer, elle l’impressionne ; il redoute qu’elle s’aperçoive de l’intérêt qu’elle lui porte. Il laisse divaguer son imagination, repense sa vie, se fonde sur rien et essaie de tout deviner.


Elle porte une Davidoff à sa bouche d’un geste franc. De son sac, elle sort une boite d’allumette, en extrait une comme s’il s’agissait d’un bien précieux, et c’est seulement à ce moment, alors qu’à sa première tentative pour allumer sa cigarette une légère rafale de vent s’engouffre entre sa main et sa bouche et éteint la flamme à peine naissante, qu’elle jette un regard bref et discret autour d’elle.


Elle croise les jambes et fume. Elle boit la dernière gorgée de son café en faisant une légère moue, peut-être est-il trop chaud, peut-être n’est-il pas bon. Il goute le sien et le trouve sans caractère. Il pense alors comprendre ; ce n’est pas un café pour ce genre de dame, charmante et raffinée.


Son téléphone sonne, elle ne décroche pas. Elle range ses cigarettes et ses allumettes dans son sac, prend le livre à la main ; c’est bien Huysmans mais ce n’est pas En route. Elle tourne la tête et sourit. Elle s’approche de lui, et sans mot dire, lui tend une carte. S’y trouve un numéro. Il fixe la carte, alors elle s’en va et il s’en veut.


Il aurait aimé la revoir, mais ne la rappellera pas.

vendredi 21 novembre 2008

Mélancolia II


D’un geste maladroit, il sort un billet de sa poche. La main tremblante, il le roule grossièrement. Les premiers accords de Dazed and Confused résonnent sourdement dans le loft aseptisé. Lorsque Jimmy Page commence à lui chatouiller les oreilles, ses poils s’hérissent et c’est les yeux révulsés qu’il se pose sur le fauteuil art déco. Immobile, les souvenirs se bousculent. Elle habite chaque coin de rue et chaque odeur, chaque note de musique est associée à un souvenir ; la fuite est impossible


Il a cru y être parvenu récemment lorsqu’elle lui a proposé de l’accompagner un moment ; main dans la main au mieux, mais jamais plus, surtout pas les yeux dans les yeux. Il s’y était fait, peu à peu. Il apprenait à vivre sans elle mais en sachant qu’elle était là. Ca le rassurait et lui hottait toute envie malsaine. A quoi bon se disait-il.


L’envie lui était totalement revenue lorsqu’il reçut ce coup de fil mystérieux. Elle lui annonçait que c’était le dernier, avant un long moment. Alors qu’il se reconstruisait grâce à elle, elle se détruisait à cause de lui. Elle préférait donc s’éloigner, pour leur bien à tous les deux se justifiait-elle. Jamais l’océan ne lui parût si grand, et pour la première fois il comprit où elle était. Il se sentit orphelin ; à trop se rêver en homme libre, il en a oublié la réalité. Il a théorisé plusieurs années durant, et aujourd’hui, alors que la réalité le rattrape brutalement, il ne se sent plus la force de penser.


C’est Russel Labadie qui le fait revenir à lui. Il sort sans trop savoir où aller et pousse fatalement la porte du premier bistrot qu’il croise. L’ambiance est plus triste que feutrée. Un vieil homme, fin ivre, le visage cramoisi et les dents tombantes le regarde fixement. Il a peur et il panique. L’homme rit, trop fort. Sa main, grossière et velue, tape sur le comptoir crasseux puis il poursuit sa discussion enflammée avec ses acolytes.


Sa Guinness terminée, il déambule dans les rues sombres des quartiers nord. Un parc l’attire. Il s’allonge sous un arbre et se rend compte trop tard que l’herbe est humide. Son corps tremblotant réclame, de tout. Il s’allume une cigarette en pensant à comment combler ces manques récurant.


Sans espoir, il se dirige vers les marches de l’église où tout semblait s’être résolut il y a peu de temps. Il attend et rien ne se passe. Le temps ne compte plus, le froid est bien loin, la ville aussi. Il doute, de plus en plus. Il se demande si elle est vraiment réapparue, s’il n’a pas une fois de plus fantasmé sa présence pour avoir le bonheur de se sentir mieux, un instant au moins.